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mardi 29 mars 2011
J'ai testé pour vous... travailler et s'HABILLER à la Défense
lundi 28 mars 2011
Un col roulé sur le piano (part 1)

(Oui, à Nousavonstestépourvous, on passe au feuilleton, afin de fi-dé-li-ser nos [nombreux] lecteurs, un système d’abonnement-courrier sera mis en place dans les semaines à venir)
Il y a quelques jours, j’ai eu un gros coup de blues. Le genre de truc qui nous arrive à tous : d’un coup, je me suis retrouvée à manger des chinoiseries graisseuses en jogging qui bouloche, seule ou presque, face à mon écran. Mon unique compagnon était ce soir-là une marmotte en peluche qui fait « twouit-twouit » quand on lui appuie sur le ventre. Avec un petit béret rouge. C’est une jolie marmotte. Je l’ai appelée Bertie.
La journée avait mal commencé : un papier à rendre le soir même sur le principe de mutabilité du service public ; au Lavomatic, la machine à billets m’avait bouffé 10 euros ; enfin, ma douche était bouchée. En me pressant dans les rayons du Franprix pour trouver une bouteille de Destop dans ma tenue-chômeuse (lunettes sur le nez, large excès de sébum capillaire, haut de pyjama mal camouflé sous mon blouson), j’avais aperçu un ancien plus-ou-moins-copain-mais-enfin-bon-c’est-pas-très-clair en train de s’acheter de la langue de bœuf au rayon frais. Je suppose que c’est dans cette allée que nos regards se seront croisés pour la dernière fois.
Après une aprem de boulot intense, j’étais heureuse de retrouver Bertie, sur le canapé. Il n’avait pas beaucoup d’appétit, et restait là, les bras ballants devant son ravioli pékinois : Paul le Poulpe avait déjà été un coup dur, et je pressentis que la mort soudaine de Knut allait l’entraîner dans une longue période de dépression molle. Tout ça me foutait le cafard, mais je crois avoir touché le fond en tombant là-dessus. Evidemment j’avais vu l’entretien paru dans Libé il y a quelques temps ; évidemment je n’avais pas acheté ses deux derniers albums ; évidemment sa voix déraille et son stylo sèche, mais merde, là c’en était trop. La voix qui a bercé mon enfance, les reprises lycéennes, poing levé et keffieh sur la tête (et parfois même autour du coup), la deuxième génération braillée dans la voiture et les éternelles vacances bretonnes où le vent soufflera. "Comment ça fait quand tu ne te plais plus au fond du miroir/ Comment ça fait quand il te fait un portrait plutôt noir/ Tu vas où quand tu t'absinthe/ loin" : c’est juste à chier. Evidemment, EVIDEMMENT, Bertie ne levait même pas le nez de sa putain d’assiette pour me tenir la main. Un litre de pastis qu’il disait ? J’allais au moins avoir besoin de ça : « zinc, prépare-toi. » Ce cas de force majeure m’avait poussée à reconsidérer une invitation à une soirée organisée par l’équipe de foot gaélique de Vervins pour l’anniversaire de leur numéro 7 (longue histoire). Je me lavais donc les cheveux avant de sauter dans mon jean fétiche, et de me retrouver quelques minutes plus tard au bar entre la Vierge en vitrine et Katsumi dans les toilettes.
J’étais tranquille j’étais peinarde, accoudée au comptoir, un type est entré dans le bar et m’a regardée d’un air vicelard : c’était lui.
dimanche 6 mars 2011
Ayé c'est la rentrée!

…théorique, qui tend vers la création d’un modèle parfaitement cohérent, se plaçant ainsi à la marge de la macro-économie keynésienne.»
Et oui, ça y est, j’ai fait ma rentrée des classes.
Après 18 mois -18 MOIS- de vagabondage professionnel, j’ai rechaussé mes Kickers, taillé mes crayons de couleur, et acheté un agenda kromignon avec un ours polaire dessus.
Ce lundi matin, j’étais toute excitée. J’avais mis mon réveil à 6h45.
6h45 : Snooze.
6h50 : re-snooze.
7h20 : yeux mi-clos, direction cafetière.
7h40 : je termine mon café (20 minutes, c’est beaucoup. Mais ma tasse, c’est un mug un peu moche avec une contenance d’un litre achetée chez Tati il y a deux ans).
7h47 : je sors de la douche ; jette un œil à l’horloge de mon micro-ondes (ma salle de bain est collée à la cuisine), et prends conscience que mon premier cours commence dans très exactement 13 minutes. J’ai donc enfin l’opportunité de vérifier ma petite théorie selon laquelle à Paris, tout est à 10 minutes de chez moi.
7h48-7h50 : je me trouve plongée dans une réflexion intense : quelle drôle d’idée d’avoir une cuisine collée à la salle de bain ! En règle générale, et dès qu’on sort du format studio, ces deux pièces sont très clairement séparées par ce qu’on appelle le « living room ». Pièce à vivre qui fait bien souvent office de chambre à coucher. C’est vrai que le clic-clac c’est quand même hyper pratique. On tire et BIM, on a un lit. Ou alors on organise son salon de façon à ce qu’un tout petit canapé puisse faire face à un tout petit lit…en même temps, un grand lit c’est bien aussi… hmm…
8h02 : mon métro ne s’arrête pas à la station à laquelle j’étais censée avoir mon changement. La correspondance ne sera pas assurée jusque mi-avril. Dommage.
8h10 : je me rue finalement dans le métro qui semble m’attendre, quai de la ligne 4, à Châtelet. La ligne 4 est la seule ligne de l’ensemble du réseau métropolitain parisien à être encore montée sur pneus de l’ancienne génération (MP-69), qui dissipent l’énergie du freinage électrique par le biais de résistances. Elle draine en moyenne 55 millions d’usagers annuels. Le matin à 8h on n’y pense pas, mais c’est à cause de ces éléments qu’il fait en moyenne 38° dans cette rame. Et comme le wagon est blindax, pas moyen de poser son manteau et son écharpe de 3 mètres en grosses mailles. Résultat : on sort quatre stations plus loin écarlate, en nage, et avec LA RAGE.
Rageuse, donc, je remonte le boulevard Saint-Germain en courant.
8h18 : je me demande si les wanna-be actrices un peu cheap sont servies avec le café à la terrasse du Flore.
Il est 8h22 très précisément quand j’arrive dans le hall. Le cours est commencé depuis 22 minutes. Je suis hyper contente, j’en ai raté moins du quart. Et si j’avais eu mon changement j’aurais même été franchement large (oui, car je n’aurais mis que dix minutes porte-à-porte). Alors que je m’apprête à ouvrir la porte de l’amphi, bam, voilà que je tombe sur la-personne-inconnue-qui-dit-quand-même-bonjour-d’un-air-hyper-heureux.
« - Hey !! ça va ?
- Hey, ouais, enfin là je..
- Mais alors raconte-moi : l’Inde, l’Australie, tout ça, c’était COMMENT ? RACONTE-MOI TOUT.
Cette personne à l’enthousiasme débordant (yeux exorbités, sourire flippant, mains légèrement tremblantes) connait ma vie. Mais qui est-ce ? Et pourquoi parle-t-elle en majuscules ?
- Ouais, haha, ben écoute c’était super. Enfin, j’te raconterais bien « tout », mais c’est que j’suis un peu en reta..
- Mais énorme, p’tain ça me fait TROP plaisir ; t’es toute jolie en plus. Ton pull te va -GENRE TROP BIEN.
- …
- Quand est –ce qu’on se boit un café ?
- …
- HEIN, QUAND ?!
- Ecoute-moi dugland, je sors de la ligne 4, et je peux sentir en ce moment même les gouttes de sueur perler sur mes joues rubicondes, donc épargne-moi les conneries du genre « tu es toute jolie ». En fait, j’ai LA RAGE : donc est-ce que tu pourrais me laisser rentrer dans ce putain d’amphi, s’il te plait ?
- Ah ouais haha – j’avais oublié à quel point t’étais rigolote, haha-, OUAIS CARREMENT, PAS DE PROBLEME ; mais la ligne 4 c’est à cause des pneus de l’ancienne génération (MP-69), qui dissipent l’énergie du freinage électr…
- ..par le biais de résistances ouais, je sais.
- BON BEN SALUT, HEIN, JE T’APPELLE !
- Ouais, super.
Une situation laborieuse, mais au final plutôt bien menée : je m’en sors bien, très bien même. Allez zou, une longue inspiration, et en amphi. Je jette un coup d’œil inquiet aux bancs remplis d’étudiants aux mines concentrées, et dont les mains s’agitent frénétiquement sur le clavier de leur Mac dernière génération. J’ai vraiment l’air d’une truffe avec mes crayons de couleurs. Le hic, c’est que les bancs sont vraiment remplis : je peine à apercevoir une place libre, au dernier rang. Je marche à pas de loup dans sa direction avant de m’installer le plus discrètement possible afin « de ne pas perturber le bon déroulement du cours », comme on dit. Histoire d’être un peu polie, tout de même, je me retourne vers mon voisin pour m’excuser (et qui sait, peut-être même faire une blague ! Oui, je compte faire un véritable effort pour sympathiser avec mes nouveaux camarades de classe).
DOUX JESUS.
Sur plus de 300 personnes il fallait que ce soit lui. Il fallait que je tombe sur le number one des jeunesses sarkozystes. Nadine Morano qui fait une chorégraphie ringarde en hurlant qu’elle veut changer le monde, c’était lui. Pleine d’humilité, je renonce à faire un trait d’esprit : face à ce maître humoriste, je ne fais pas le poids.
Je sors une heure et demie plus tard, épuisée : le cerveau à plat (j’ai l’impression d’avoir compris une phrase sur trois), le poignet droit en compote, et les yeux un peu fatigués à force de lancer des regards en coin au blackberry de mon voisin de gauche (blague-blague-blague) qui n’a pas arrêté de faire des « tweets » que je n’arrivais pas vraiment à lire. Malgré mon twitt-échec du mois dernier, j’ai presqu’envie de m’y remettre. Rien que pour lui.
Epuisée, certes, mais soulagée : c’était mon seul cours de la journée.
Je traverse le hall désormais plein à craquer d’un pas ferme. Je souris à quelques personnes qui me font coucou avec la main (du moment qu’elles ne s’adressent pas à moi en caractères gras, elles conservent toute ma sympathie). Je tente d’esquiver en vain l’« homme-ventouse » - qui dit bonjour en se frottant aux gens d’une façon un peu étrange. Une étudiante de première année toute mignonette aux joues toutes roses et aux dents toutes blanches vient me voir pour que je participe à un super projet d’agriculture bio. Je m’étais inscrite à une « AMAP » étudiante il y a deux ans. Je trouvais l’idée vraiment chouette et étais pleine d’une bonne volonté finalement assez touchante: soutenir le monde paysan, avoir des vrais fruits et légumes qui ne grandissent pas sous plastique, repartir chaque semaine avec mon petit panier rempli de bons produits frais et d’une bonne conscience en écolo-carton dopée aux choux rouges. Un bien beau projet. Après 7 semaines à remplir mon frigo de topinambours, de rutabagas, et de toutes petites pommes de terre, mon moral a commencé à décliner sec. Entre l’agriculture du Loiret et mon équilibre psychologique, j’ai dû choisir. La blondinette essuie donc un refus ; alors que je me dirige définitivement vers la sortie je l’entends murmurer un « sale conne » haineux. Le monde étudiant est sans pitié.
Mais après les insultes vient l’heure du bilan : je suis un peu triste de ne pas m’être fait de nouveaux copains, mais j’ai survécu.
Une dure journée m’attend désormais : café avec les copines, puis métro, puis sieste, puis bouquinade, puis apéro. Ça a quand même du bon la vie d’étudiant. En moyenne quatre heures d’activité obligatoires par jour. Tranquillou-bidou.
Ahhh ça m’avait manqué, tiens.
Un mois après la rédaction de ce post, l’auteur(e ?), épuisée par des devoirs à répétition sur des sujets qu’elle ne maîtrise pas et des jours entiers de bibliothèque, a dû mettre un terme à l’épanouissement de sa vie socialo-nocturne. Elle vous souhaite malgré tout, et un peu amère, de passer une bonne soirée.
jeudi 13 janvier 2011
Twitt-angoisse

Il y a deux semaines, c’était le Nouvel An. Qui dit Nouvel An, dit soirée qui a neuf chance sur dix d’être complètement nase, dit gros bécots de gens qu’on n’aime pas (quand on a la chance de les connaître) dans un appart à la déco douteuse, qui est en plus vachement loin de chez nous.
Certes.
Mais qui dit Nouvel An, dit…TADAAAM : Bonnes Résolutions.
Cette année j’ai laissé tomber les éternelles résolutions qui ne servent à rien et qu’il est inenvisageable de tenir: arrêter de fumer, ne pas dépasser le quatrième pastis le jeudi soir (ce qui revient à admettre que le vendredi n’est PAS le premier jour du week-end), rentabiliser l’abonnement annuel à la piscine de quartier, arrêter de décréter qu’on sort avec un gros nase une semaine après l’avoir rencontré parce qu’il n’a pas RI à la blague de la moule et du pull-over (qui est quand même vachement drôle).
Non.
Cette année, j’ai appliqué ma bonne résolution à peine une semaine après la première minute de la première heure du premier jour de cette nouvelle année. 2011 sera sous le signe de la cool attitude, du « LOL », de l’ultra-sociabilité numérique, de l’info en perfusion.
2011 : l’année où je me suis créée un COMPTE TWITTER.
J’ai pris la chose étape par étape, évidemment. Les cases sont remplies. Je ne mets pas tout à fait mon vrai nom quand même. Au cas où. Je doute à présent de l’efficacité de cette démarche, puisque j’ai quand même mis mon prénom et les trois premières lettres de mon nom de famille. Parfois, ma vivacité d’esprit me bouleverse.
Première épreuve sérieuse: le choix du « pseudo ». Alors oui, il est important de préciser une chose: je souffre d’un gros manque d’imagination. Conclusion n°1 : tous les articles publiés sur ce blog sont des retranscriptions banales de situations vécues. Ma vie prend soudain une allure un poil pathétique, et les articles un intérêt « limité ». Seigneur. Conclusion n°2 : je ne vais pas réussir à me trouver un pseudo cool-décalé-vendeur. Alors oui, vous me direz que je pourrais simplement mettre mon prénom et basta, et par là même assumer la médiocrité potentielle de mes tweets. Mais non, je veux du défi créatif, du vrai : je veux de la poésie.
…
10 minutes, puis 20 s’écoulent. Non, vraiment là j’vois pas. Et puis ma boss me réclame un papier pour la fin de journée. L’ouverture de ce compte Twitter ne serait-il pas une forme de procrastination encore plus redoutable que le nettoyage compulsif de ma cuisine qui précède habituellement le rendu d’un dossier ?
Ok, bon, j’vais pas y passer la journée non plus ; ce qui compte c’est le contenu après tout. Bon. Bon, bon. Bonbon. Hihihi. Non, on se recadre. Aloooors….hmmm…Allez hop : on double les deux premières syllabes du prénom « Floflo », on y accole la dernière syllabe du nom de famille. Et on se retrouve avec une vraie merveille : FLOFLOSKY. Ah celui là pour le coup, il ne risquait pas d’être déjà pris.
Compte créé.
Une fois que j’ai décidé de suivre tous les journaux possibles et imaginables, les ONG qui peuvent m’intéresser pour mon boulot, quelques hommes politiques et journalistes notoires, je m’aventure sur le terrain des « Twittos » de première. Plusieurs connaissances m’avaient déjà mise sur la piste de plusieurs d’entre eux. « Tu verras, c’est des pseudo artistes branchouilles et des journalistes web hipsters qui recyclent l’article qu’ils ont écrit sur les lolcats l’année dernière pour montrer qu’ils sont décalés». Très bien, ça me va : ils ont l’air attachants et doivent se sentir un peu seuls : Follow. Je suis soufflée, p’tain y en a qui tapent dans les 2 500, 4 000, 10 000 followers ! C’est qu’ils doivent être drôlement intéressants et rigolos. J’attends.
Ok : 18 tweets du Times of India sur la grève des vendeurs d’oignons à Delhi. Barack Obama qui raconte que la tuerie de Tucson lui a mis un sacré coup au moral, le Monde qui me parle de la Côte d’Ivoire. Et d’un coup la vidéo de larves dans l’urètre d’un mec. Gros relent de café au lait (je mets toujours vachement trop de sucre).
Un peu déstabilisée, je me remets au boulot (OUI J AI UN DOCUMENT A RENDRE DANS DEUX HEURES). Mais je n’arrive pas à fermer cette fenêtre. Et si je ratais une blague, LA blague qui me permettrait de m’intégrer au monde des Rois du Tweet ? ou alors l’info, l’INFO sur laquelle je pourrais rebondir et me faire plein d’amis- virtuels- que- je- ne- verrai- jamais- mais- bon- quand- même- on- rigolerait- bien- derrière- nos- écrans ??
Et c’est à ce moment ; au moment où je suis sur le point de me mettre à travailler pour de vrai, que je réalise que je n’ai AUCUN follower. Putain c’est pathétique. En même temps, la moitié de mes amis a encore son 3310 et ne connait pas Facebook, je ne vois pas pourquoi ils se cogneraient Twitter. Cinq coups de fil plus tard, j’ai sept followers : cinq nouveaux arrivants, un copain twitto, et « an old adviser loving good food and CAAATS » (angoisse soudaine).
Bon, ben c’est parti : SALUT LES TWITTOOOOOS!
Deux jours s’écoulent ;
Deux journées rythmées par des tweets d’actu, je suis au courant de tout tout tout : les avancées sur les scandales des médocs / la grève des vendeurs d’oignons indiens qui s’étend à l’Uttar Pradesh / la Bolivie qui met en place des actions locales de promotion des fours solaires / twitto1 a reçu un mail de son papa ce matin / twitto2 a fait une faute d’orthographe et il n’est pas content / twitto3 a mangé du poulet ce midi en compagnie de twitto4 / Michael Youn ne s’est peut être pas fait cambriolé son appart / twitto3 « RT » twitto1 qui dit à twitto2 que @fatbazooka vient d’éclipser son buzz et que ça doit faire un peu mal à l’égo de se faire doubler par un loser (twitto1 marque un point).
…tout ça entrecoupé de mes tentatives de tweets, qui tombent complètement à plat puisque je tweet un truc que je viens de dire à mes potes 5 minutes avant. Or, je vous rappelle que ce sont mes seuls followers (avec le vieux monsieur qui aime les chats, et qui ne parle manifestement pas français).
Vendredi : c’est parti pour une grosse nuit.
Avant de sortir pour une soirée prometteuse, je jette un dernier coup d’œil à mon compte. Twitto2 boit une bière à Oberkampf. Twitto2 a 3000 followers. Twitto2 est peut être le propriétaire du bar et cherche à renflouer sa caisse ? Twitto2 est peut être SEUL sur une chaise en attendant que l’un de ses 3 000 followers vienne lui tenir compagnie… Oh, j’ai l’empathie facile ; je me sens mal. Il faudrait peut être que j’aille l’aider ?
« Salut twitto2, je suis floflosky, ta twitta n°2468 »
Non.
Ou pire, peut-être que Twitto2 est bien seul, mais chez lui, face à son écran, et fait de son désir réel de boire un coup dans le 11e une réalité virtuelle. Peut être que Twitto2 est un sociopathe profond.
Twitto2 boit un twitt-picon.
J’ai envie de lui faire un twitt-calin et de lui dire que tout ira bien.
Non plus.
Je file. La soirée se passe, une fermeture de bar en entraînant une autre. L’alcool monte. Je remarque un homme qui porte une chemise en velours rouge et un catogan de la taille de mon avant-bras à quelques mètres ; à côté de lui un nain qui porte des bretelles savonne un scooter en mangeant une saucisse. Je crois qu’il est temps de rentrer.
Sur le chemin du retour, un pote me lâche pour suivre une petite brune qui n’a pas l’air bien futée ; 300 mètres plus loin c’est Co qui se fait kidnapper par son plan cul du moment. Me voilà seule au monde. Déprime : non seulement je rentre seule, mais je n’ai plus de cigarettes pour me remonter le moral.
Une petite voix me murmure “twitter” à l’oreille…malheureusement cinq de mes sept followers m’ont déjà abandonnée.
Twitto2 vient de s’acheter un kebab.
Ce mec me fout vraiment le bourdon.
Et là c’est le drame : ça y est, c’est officiel, je viens d’enterrer mon ego. Mon pote twitt-fan : enfin pote, pote, pote, c’est un bien grand mot « POTE ». Ce mec à qui j’ai demandé ce qu’il faisait il y a 20 minutes alors que j’étais en train d’errer à la recherche d’une fin de soirée dans mon quartier (et le mec au catogan me suivait, j’en suis sûre, je n’étais PAS en sécurité) – et qui ne m’a évidemment pas répondu – vient de balancer à ses 2 000 followers qu’il mange une crêpe au jambon. Retour dans le monde réel.
Rude.
J’allume un mégot trouvé dans mon cendrier. Je m’emporte probablement, mais il semble bien que ma valeur réelle soit inférieure à l’intérêt virtuel d’une crêpe au jambon. Je VAUX MOINS QU’UNE CREPE AU JAMBON aux yeux de ce type avec qui je parlais encore la semaine dernière. C’est pas moi, c’est Twitter qui l’a dit. Fini le temps où je pouvais aller me coucher en me disant qu’une personne qui ne répond pas à un message est : endormie / dans un endroit qui ne capte pas / hors-forfait. Non, c’est simple. Une personne qui ne répond pas s’en bat juste les flancs.
Oh mon Dieu.
Et la grève des vendeurs d’oignons continue.
Et j’ai 25 tweets en attente…
et qu’est ce que ça peut être con cette histoire de bonnes résolutions…
J’me barre de Twitter, salut les losers.
mercredi 5 janvier 2011
La vie en plus ou moins

Après huit mois à entuber EDF, Coline s’est réveillée jeudi dernier dans le noir, et les pieds dans l’eau. Le bonheur de vivre dans un studio avec matelas au sol et frigo qui chauffe. C ’est finalement dans ces moments là qu’on réalise le gros avantage d’être vraiment en période de dèche : parce qu’avoir un frigo vide permet de ne pas foutre en l’air des stocks de bouffe une fois qu’on vous coupe le courant. Et BIM.
C’est donc en partie pour fêter cette collocation temporaire (et aussi parce qu’hier c’était samedi) qu’on est allée se la coller aux 10 ans de Mains d’œuvres.
Et vous savez bien comment ça se passe…
…comme d’habitude, ça commence par une bouteille à la maison, puis direction Saint Ouen où on retrouve les copains, et les copains des copains ; et puis on se dit qu’on va partir à 3 heures en taxi (parce que demain, on ne sait plus trop ce dont il s’agit, mais on SAIT qu’on a des trucs à faire) ; et puis on danse un tango absurde sur Pendulum; et puis je tombe sur ce mec que je ne connais pas mais qui propose de m’emmener à Etretat ; et puis c’est cet ancien camarade de classe de 5e qu’on recroise par hasard ; et c’est Coline qui retrouve son plan cul camarade amoureux du mois de juin ; et puis moi qui tombe dans les bras d’un « air saxophonist » (pour ma défense, ils ne vendaient quasiment que de l’alcool pur au bar. A moins que j’ai mal compris. Doute.) ; c’est finalement Lucie qui s’en va chez son mec…
…et puis il est 5h32, et ce sont les spots qui ne battent plus le rythme, le barman qui ferme sa caisse, les bottes qui font mal aux pieds; et la flemme de rentrer. C’est à ce moment, il me semble, que nous nous décidons vaguement à nous diriger vers le métro le plus proche. Mais c’est aussi à cet instant que le cousin d’un bouquiniste cher au cœur de ma toute nouvelle colocataire, vient contre carrer tous nos plans de jeunes filles raisonnables. L’un de ses deux acolytes habite à deux minutes.
Il est donc 7h46, on vient d’ouvrir la deuxième bouteille de rouge ; je suis hystérique, on chante Brassens à tue-tête, on a du tanin sur les lèvres, et on est tous heureux de danser sur la petite terrasse enneigée d’Antoine.
…
Il est 13h00.
…
Il est 15h16 ; 15h16, et ça fait deux heures et quart que je m’agrippe à mon oreiller. J’ai la bouche pâteuse, et la nette impression d’avoir oublié de retirer ma lentille gauche. J’entends du bruit dans la pièce d’à côté… je crois qu’elle a réussi à se hisser sur ses jambes. Nous sommes dimanche, dehors il neige ; et dans ma tête c’est le brouillard. 15h20 : je rejoins Coline autour de la table basse.
Cernes et grand sourire ; bols de café noir et tartines sèches.
- Eh merde, il est 15h30 passée… on avait rendez-vous j’crois
- Ah ? ah ouais, il y pas un mec qui devais t’emmener à Etretat aujourd’hui ?
- Ah ?
- Mais ouais, ptain tu sais bien, la chemise à carreaux. Mais fais gaffe, suis pas sûre qu’il était majeur pour le coup.
- Aaahh ! ah ouais ? t’es sûre ? remarque mouais, première année de fac il m’a dit..mais il s’est rattrapé en me disant qu’il avait du retard.
- Laisse tomber.
- J’laisse tomber.
- Merde, première année…dis moi il vendait que de l’alcool pur au bar ou c’est moi qui ai mal compris ?
- Mmh ?
- Nan rien.
- T’as pas un doliprane ?
- Il reste du café ?
- …
- On se remate un épisode ?
- Ouaip.
- …
- Non ! Coline ! je t’assure qu’on avait rendez vous ; j’en suis sûre, à 15h, l’anniversaire d’Helene. Invitation facebook.
- J’ai pas facebook.
- Vrai. Mais je devais te passer le message ; donc je te le passe. Les filles du lycée voulaient faire un café « à l’ancienne ». C’est plutôt drôle d’ailleurs, parce que j’ai vraiment pas le souvenir d’avoir bu le moindre coup avec elles au lycée...bon de toutes façons je suppose qu’on y va pas…
- Exact.
- Bon, je leur envoie le message habituel ?
« on vient de se réveiller chez des gens qu’on connait plus ou moins. Il est 16h. bref c’est un peu confus tout ça, mais je pense qu’on ne viendra pas. Joyeux anniversaire à Helène de notre part !! »
(vous noterez l’importance de la typographie, et le rôle joyeux des DEUX points d’exclamation. J’ai hésité à pousser le truc jusqu’à l’invitation à boire un verre un des ces soirs ; mais j’ai craint de ne pas être suffisamment crédible. De l’art du sms.)
- Ouaip. Parfait ! nan t’imagine l’angoisse?
Oui, j’imagine.
Non, veux pas y aller.
La dernière fois qu’on les a croisées, c’était à la soirée quadra avant l’âge déguisée en pendaison de crémaillère. Des discours sur les CDI qui viennent d’être signés dans des compagnies d’assurance. Le copain avec qui elles viennent d’emménager après 3 ans d’une romance tranquille. La meilleure amie qui a accouché le mois dernier ; et puis le mariage de Victor qui part s’installer en Angleterre avec sa copine. Pardon, sa femme. Et la proche banlieue qui est quand même vachement plus pratique pour les nouveaux jeunes actifs. « Et vous les filles, racontez nous un peu vos histoires ! »
Qu’est ce qu’on peut bien leur raconter ? une coupure d’électricité ? nos soirées trop arrosées ? nos histoires avortées ? les 400 euros toujours pas versés et les grands sourires à notre banquier ? Notre vie en plus ou moins… mais avec plein de plus, tout de même :
Plus ou moins un mec : bon, clairement, le GROS point positif, c’est que Co a fini par supprimer le numéro de téléphone du type qui habite en « coloc » avec son ex-femme et sa fille de 2 ans. Elle va surement relancer le filon Arthur (qu’elle a croisé hier). Et moi, bon c’est pas très clair. Il y a bien Vincent depuis quelques temps, et puis il y a Mark qui rentre du Vietnam mardi (merde, MERDE). Mais bon, je le sens hyper bien là, on s’est posée. Ouuiii. Vraiment.
Plus ou moins un boulot : mais attention ! Si on est stagiaire c’est avant tout par choix. Parce que nous on veut juste être bien sûre ; vous comprenez ? Naaaan et puis, sérieusement, un CDI : c’est so-2004. Et bon, j’veux dire 400 euros par mois, en gérant bien, c’est tout à fait convenable. Et surtout, on peut très bien vivre sans électricité, finalement.
Plus ou moins une idée de ce qu’on va faire dans les 6 mois qui viennent : si Co rend son mémoire c’est banco pour le 2e master. En même temps, tutrice de français au Gabon c’est chouette aussi. Je crois que je devais rendre mon dossier pour l’université de Melbourne la semaine dernière. Pas grave ; Julie m’a dit qu’ils recherchaient des gens sur le terrain au Cambodge. A moins que mon ONG ne termine par m’envoyer en Inde avec un contrat local à 10 000 roupies. Des jolis projets tout ça.
Plus ou moins le sens des réalités : parce que putain, à 400 euros par mois, on rentre en métro comme tout le monde ; on arrête de s’acheter des chaussures qu’on mettra deux fois dans notre vie (parce qu’on refuse d’admettre qu’on ne chausse PAS une taille 39) ; et on paye ses factures avant de se payer des coups.
Surtout plus ou moins envie de boire un chocolat chaud alors qu’on peine à sortir d’une gueule de bois pénible et méritée..avec un gros moins pour la perspective de se retrouver à parler de chose qu’on ne connait pas vraiment et qui ne nous font pas encore rêver ; pas l’envie de discuter avec des gens devenus adultes tellement vite qu’ils nous feraient presque regretter de n’avoir toujours pas commencer à grandir.
Parce que s’il y a bien une chose qu’on ne regrette pas, c’est celle là.
- On va toujours boire un coup chez Jerem ce soir ?
- Yep, un café, une douche, et on décolle.