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mercredi 5 janvier 2011

La vie en plus ou moins


Après huit mois à entuber EDF, Coline s’est réveillée jeudi dernier dans le noir, et les pieds dans l’eau. Le bonheur de vivre dans un studio avec matelas au sol et frigo qui chauffe. C ’est finalement dans ces moments là qu’on réalise le gros avantage d’être vraiment en période de dèche : parce qu’avoir un frigo vide permet de ne pas foutre en l’air des stocks de bouffe une fois qu’on vous coupe le courant. Et BIM.

C’est donc en partie pour fêter cette collocation temporaire (et aussi parce qu’hier c’était samedi) qu’on est allée se la coller aux 10 ans de Mains d’œuvres.

Et vous savez bien comment ça se passe…

…comme d’habitude, ça commence par une bouteille à la maison, puis direction Saint Ouen où on retrouve les copains, et les copains des copains ; et puis on se dit qu’on va partir à 3 heures en taxi (parce que demain, on ne sait plus trop ce dont il s’agit, mais on SAIT qu’on a des trucs à faire) ; et puis on danse un tango absurde sur Pendulum; et puis je tombe sur ce mec que je ne connais pas mais qui propose de m’emmener à Etretat ; et puis c’est cet ancien camarade de classe de 5e qu’on recroise par hasard ; et c’est Coline qui retrouve son plan cul camarade amoureux du mois de juin ; et puis moi qui tombe dans les bras d’un « air saxophonist » (pour ma défense, ils ne vendaient quasiment que de l’alcool pur au bar. A moins que j’ai mal compris. Doute.) ; c’est finalement Lucie qui s’en va chez son mec…

…et puis il est 5h32, et ce sont les spots qui ne battent plus le rythme, le barman qui ferme sa caisse, les bottes qui font mal aux pieds; et la flemme de rentrer. C’est à ce moment, il me semble, que nous nous décidons vaguement à nous diriger vers le métro le plus proche. Mais c’est aussi à cet instant que le cousin d’un bouquiniste cher au cœur de ma toute nouvelle colocataire, vient contre carrer tous nos plans de jeunes filles raisonnables. L’un de ses deux acolytes habite à deux minutes.

Il est donc 7h46, on vient d’ouvrir la deuxième bouteille de rouge ; je suis hystérique, on chante Brassens à tue-tête, on a du tanin sur les lèvres, et on est tous heureux de danser sur la petite terrasse enneigée d’Antoine.

Il est 13h00.

Il est 15h16 ; 15h16, et ça fait deux heures et quart que je m’agrippe à mon oreiller. J’ai la bouche pâteuse, et la nette impression d’avoir oublié de retirer ma lentille gauche. J’entends du bruit dans la pièce d’à côté… je crois qu’elle a réussi à se hisser sur ses jambes. Nous sommes dimanche, dehors il neige ; et dans ma tête c’est le brouillard. 15h20 : je rejoins Coline autour de la table basse.

Cernes et grand sourire ; bols de café noir et tartines sèches.

- Eh merde, il est 15h30 passée… on avait rendez-vous j’crois

- Ah ? ah ouais, il y pas un mec qui devais t’emmener à Etretat aujourd’hui ?

- Ah ?

- Mais ouais, ptain tu sais bien, la chemise à carreaux. Mais fais gaffe, suis pas sûre qu’il était majeur pour le coup.

- Aaahh ! ah ouais ? t’es sûre ? remarque mouais, première année de fac il m’a dit..mais il s’est rattrapé en me disant qu’il avait du retard.

- Laisse tomber.

- J’laisse tomber.

- Merde, première année…dis moi il vendait que de l’alcool pur au bar ou c’est moi qui ai mal compris ?

- Mmh ?

- Nan rien.

- T’as pas un doliprane ?

- Il reste du café ?

-

- On se remate un épisode ?

- Ouaip.

-

- Non ! Coline ! je t’assure qu’on avait rendez vous ; j’en suis sûre, à 15h, l’anniversaire d’Helene. Invitation facebook.

- J’ai pas facebook.

- Vrai. Mais je devais te passer le message ; donc je te le passe. Les filles du lycée voulaient faire un café « à l’ancienne ». C’est plutôt drôle d’ailleurs, parce que j’ai vraiment pas le souvenir d’avoir bu le moindre coup avec elles au lycée...bon de toutes façons je suppose qu’on y va pas…

- Exact.

- Bon, je leur envoie le message habituel ?

« on vient de se réveiller chez des gens qu’on connait plus ou moins. Il est 16h. bref c’est un peu confus tout ça, mais je pense qu’on ne viendra pas. Joyeux anniversaire à Helène de notre part !! »

(vous noterez l’importance de la typographie, et le rôle joyeux des DEUX points d’exclamation. J’ai hésité à pousser le truc jusqu’à l’invitation à boire un verre un des ces soirs ; mais j’ai craint de ne pas être suffisamment crédible. De l’art du sms.)

- Ouaip. Parfait ! nan t’imagine l’angoisse?

Oui, j’imagine.

Non, veux pas y aller.

La dernière fois qu’on les a croisées, c’était à la soirée quadra avant l’âge déguisée en pendaison de crémaillère. Des discours sur les CDI qui viennent d’être signés dans des compagnies d’assurance. Le copain avec qui elles viennent d’emménager après 3 ans d’une romance tranquille. La meilleure amie qui a accouché le mois dernier ; et puis le mariage de Victor qui part s’installer en Angleterre avec sa copine. Pardon, sa femme. Et la proche banlieue qui est quand même vachement plus pratique pour les nouveaux jeunes actifs. « Et vous les filles, racontez nous un peu vos histoires ! »

Qu’est ce qu’on peut bien leur raconter ? une coupure d’électricité ? nos soirées trop arrosées ? nos histoires avortées ? les 400 euros toujours pas versés et les grands sourires à notre banquier ? Notre vie en plus ou moins… mais avec plein de plus, tout de même :

Plus ou moins un mec : bon, clairement, le GROS point positif, c’est que Co a fini par supprimer le numéro de téléphone du type qui habite en « coloc » avec son ex-femme et sa fille de 2 ans. Elle va surement relancer le filon Arthur (qu’elle a croisé hier). Et moi, bon c’est pas très clair. Il y a bien Vincent depuis quelques temps, et puis il y a Mark qui rentre du Vietnam mardi (merde, MERDE). Mais bon, je le sens hyper bien là, on s’est posée. Ouuiii. Vraiment.

Plus ou moins un boulot : mais attention ! Si on est stagiaire c’est avant tout par choix. Parce que nous on veut juste être bien sûre ; vous comprenez ? Naaaan et puis, sérieusement, un CDI : c’est so-2004. Et bon, j’veux dire 400 euros par mois, en gérant bien, c’est tout à fait convenable. Et surtout, on peut très bien vivre sans électricité, finalement.

Plus ou moins une idée de ce qu’on va faire dans les 6 mois qui viennent : si Co rend son mémoire c’est banco pour le 2e master. En même temps, tutrice de français au Gabon c’est chouette aussi. Je crois que je devais rendre mon dossier pour l’université de Melbourne la semaine dernière. Pas grave ; Julie m’a dit qu’ils recherchaient des gens sur le terrain au Cambodge. A moins que mon ONG ne termine par m’envoyer en Inde avec un contrat local à 10 000 roupies. Des jolis projets tout ça.

Plus ou moins le sens des réalités : parce que putain, à 400 euros par mois, on rentre en métro comme tout le monde ; on arrête de s’acheter des chaussures qu’on mettra deux fois dans notre vie (parce qu’on refuse d’admettre qu’on ne chausse PAS une taille 39) ; et on paye ses factures avant de se payer des coups.

Surtout plus ou moins envie de boire un chocolat chaud alors qu’on peine à sortir d’une gueule de bois pénible et méritée..avec un gros moins pour la perspective de se retrouver à parler de chose qu’on ne connait pas vraiment et qui ne nous font pas encore rêver ; pas l’envie de discuter avec des gens devenus adultes tellement vite qu’ils nous feraient presque regretter de n’avoir toujours pas commencer à grandir.

Parce que s’il y a bien une chose qu’on ne regrette pas, c’est celle là.

- On va toujours boire un coup chez Jerem ce soir ?

- Yep, un café, une douche, et on décolle.

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