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Il y a quelques jours, j’ai eu un gros coup de blues. Le genre de truc qui nous arrive à tous : d’un coup, je me suis retrouvée à manger des chinoiseries graisseuses en jogging qui bouloche, seule ou presque, face à mon écran. Mon unique compagnon était ce soir-là une marmotte en peluche qui fait « twouit-twouit » quand on lui appuie sur le ventre. Avec un petit béret rouge. C’est une jolie marmotte. Je l’ai appelée Bertie.
La journée avait mal commencé : un papier à rendre le soir même sur le principe de mutabilité du service public ; au Lavomatic, la machine à billets m’avait bouffé 10 euros ; enfin, ma douche était bouchée. En me pressant dans les rayons du Franprix pour trouver une bouteille de Destop dans ma tenue-chômeuse (lunettes sur le nez, large excès de sébum capillaire, haut de pyjama mal camouflé sous mon blouson), j’avais aperçu un ancien plus-ou-moins-copain-mais-enfin-bon-c’est-pas-très-clair en train de s’acheter de la langue de bœuf au rayon frais. Je suppose que c’est dans cette allée que nos regards se seront croisés pour la dernière fois.
Après une aprem de boulot intense, j’étais heureuse de retrouver Bertie, sur le canapé. Il n’avait pas beaucoup d’appétit, et restait là, les bras ballants devant son ravioli pékinois : Paul le Poulpe avait déjà été un coup dur, et je pressentis que la mort soudaine de Knut allait l’entraîner dans une longue période de dépression molle. Tout ça me foutait le cafard, mais je crois avoir touché le fond en tombant là-dessus. Evidemment j’avais vu l’entretien paru dans Libé il y a quelques temps ; évidemment je n’avais pas acheté ses deux derniers albums ; évidemment sa voix déraille et son stylo sèche, mais merde, là c’en était trop. La voix qui a bercé mon enfance, les reprises lycéennes, poing levé et keffieh sur la tête (et parfois même autour du coup), la deuxième génération braillée dans la voiture et les éternelles vacances bretonnes où le vent soufflera. "Comment ça fait quand tu ne te plais plus au fond du miroir/ Comment ça fait quand il te fait un portrait plutôt noir/ Tu vas où quand tu t'absinthe/ loin" : c’est juste à chier. Evidemment, EVIDEMMENT, Bertie ne levait même pas le nez de sa putain d’assiette pour me tenir la main. Un litre de pastis qu’il disait ? J’allais au moins avoir besoin de ça : « zinc, prépare-toi. » Ce cas de force majeure m’avait poussée à reconsidérer une invitation à une soirée organisée par l’équipe de foot gaélique de Vervins pour l’anniversaire de leur numéro 7 (longue histoire). Je me lavais donc les cheveux avant de sauter dans mon jean fétiche, et de me retrouver quelques minutes plus tard au bar entre la Vierge en vitrine et Katsumi dans les toilettes.
J’étais tranquille j’étais peinarde, accoudée au comptoir, un type est entré dans le bar et m’a regardée d’un air vicelard : c’était lui.
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