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dimanche 6 mars 2011

Ayé c'est la rentrée!


…théorique, qui tend vers la création d’un modèle parfaitement cohérent, se plaçant ainsi à la marge de la macro-économie keynésienne.»

Et oui, ça y est, j’ai fait ma rentrée des classes.

Après 18 mois -18 MOIS- de vagabondage professionnel, j’ai rechaussé mes Kickers, taillé mes crayons de couleur, et acheté un agenda kromignon avec un ours polaire dessus.

Ce lundi matin, j’étais toute excitée. J’avais mis mon réveil à 6h45.

6h45 : Snooze.

6h50 : re-snooze.

7h20 : yeux mi-clos, direction cafetière.

7h40 : je termine mon café (20 minutes, c’est beaucoup. Mais ma tasse, c’est un mug un peu moche avec une contenance d’un litre achetée chez Tati il y a deux ans).

7h47 : je sors de la douche ; jette un œil à l’horloge de mon micro-ondes (ma salle de bain est collée à la cuisine), et prends conscience que mon premier cours commence dans très exactement 13 minutes. J’ai donc enfin l’opportunité de vérifier ma petite théorie selon laquelle à Paris, tout est à 10 minutes de chez moi.

7h48-7h50 : je me trouve plongée dans une réflexion intense : quelle drôle d’idée d’avoir une cuisine collée à la salle de bain ! En règle générale, et dès qu’on sort du format studio, ces deux pièces sont très clairement séparées par ce qu’on appelle le « living room ». Pièce à vivre qui fait bien souvent office de chambre à coucher. C’est vrai que le clic-clac c’est quand même hyper pratique. On tire et BIM, on a un lit. Ou alors on organise son salon de façon à ce qu’un tout petit canapé puisse faire face à un tout petit lit…en même temps, un grand lit c’est bien aussi… hmm…

8h02 : mon métro ne s’arrête pas à la station à laquelle j’étais censée avoir mon changement. La correspondance ne sera pas assurée jusque mi-avril. Dommage.

8h10 : je me rue finalement dans le métro qui semble m’attendre, quai de la ligne 4, à Châtelet. La ligne 4 est la seule ligne de l’ensemble du réseau métropolitain parisien à être encore montée sur pneus de l’ancienne génération (MP-69), qui dissipent l’énergie du freinage électrique par le biais de résistances. Elle draine en moyenne 55 millions d’usagers annuels. Le matin à 8h on n’y pense pas, mais c’est à cause de ces éléments qu’il fait en moyenne 38° dans cette rame. Et comme le wagon est blindax, pas moyen de poser son manteau et son écharpe de 3 mètres en grosses mailles. Résultat : on sort quatre stations plus loin écarlate, en nage, et avec LA RAGE.

Rageuse, donc, je remonte le boulevard Saint-Germain en courant.

8h18 : je me demande si les wanna-be actrices un peu cheap sont servies avec le café à la terrasse du Flore.

Il est 8h22 très précisément quand j’arrive dans le hall. Le cours est commencé depuis 22 minutes. Je suis hyper contente, j’en ai raté moins du quart. Et si j’avais eu mon changement j’aurais même été franchement large (oui, car je n’aurais mis que dix minutes porte-à-porte). Alors que je m’apprête à ouvrir la porte de l’amphi, bam, voilà que je tombe sur la-personne-inconnue-qui-dit-quand-même-bonjour-d’un-air-hyper-heureux.

« - Hey !! ça va ?

- Hey, ouais, enfin là je..

- Mais alors raconte-moi : l’Inde, l’Australie, tout ça, c’était COMMENT ? RACONTE-MOI TOUT.

Cette personne à l’enthousiasme débordant (yeux exorbités, sourire flippant, mains légèrement tremblantes) connait ma vie. Mais qui est-ce ? Et pourquoi parle-t-elle en majuscules ?

- Ouais, haha, ben écoute c’était super. Enfin, j’te raconterais bien « tout », mais c’est que j’suis un peu en reta..

- Mais énorme, p’tain ça me fait TROP plaisir ; t’es toute jolie en plus. Ton pull te va -GENRE TROP BIEN.

-

- Quand est –ce qu’on se boit un café ?

-

- HEIN, QUAND ?!

- Ecoute-moi dugland, je sors de la ligne 4, et je peux sentir en ce moment même les gouttes de sueur perler sur mes joues rubicondes, donc épargne-moi les conneries du genre « tu es toute jolie ». En fait, j’ai LA RAGE : donc est-ce que tu pourrais me laisser rentrer dans ce putain d’amphi, s’il te plait ?

- Ah ouais haha – j’avais oublié à quel point t’étais rigolote, haha-, OUAIS CARREMENT, PAS DE PROBLEME ; mais la ligne 4 c’est à cause des pneus de l’ancienne génération (MP-69), qui dissipent l’énergie du freinage électr…

- ..par le biais de résistances ouais, je sais.

- BON BEN SALUT, HEIN, JE T’APPELLE !

- Ouais, super.

Une situation laborieuse, mais au final plutôt bien menée : je m’en sors bien, très bien même. Allez zou, une longue inspiration, et en amphi. Je jette un coup d’œil inquiet aux bancs remplis d’étudiants aux mines concentrées, et dont les mains s’agitent frénétiquement sur le clavier de leur Mac dernière génération. J’ai vraiment l’air d’une truffe avec mes crayons de couleurs. Le hic, c’est que les bancs sont vraiment remplis : je peine à apercevoir une place libre, au dernier rang. Je marche à pas de loup dans sa direction avant de m’installer le plus discrètement possible afin « de ne pas perturber le bon déroulement du cours », comme on dit. Histoire d’être un peu polie, tout de même, je me retourne vers mon voisin pour m’excuser (et qui sait, peut-être même faire une blague ! Oui, je compte faire un véritable effort pour sympathiser avec mes nouveaux camarades de classe).

DOUX JESUS.

Sur plus de 300 personnes il fallait que ce soit lui. Il fallait que je tombe sur le number one des jeunesses sarkozystes. Nadine Morano qui fait une chorégraphie ringarde en hurlant qu’elle veut changer le monde, c’était lui. Pleine d’humilité, je renonce à faire un trait d’esprit : face à ce maître humoriste, je ne fais pas le poids.

Je sors une heure et demie plus tard, épuisée : le cerveau à plat (j’ai l’impression d’avoir compris une phrase sur trois), le poignet droit en compote, et les yeux un peu fatigués à force de lancer des regards en coin au blackberry de mon voisin de gauche (blague-blague-blague) qui n’a pas arrêté de faire des « tweets » que je n’arrivais pas vraiment à lire. Malgré mon twitt-échec du mois dernier, j’ai presqu’envie de m’y remettre. Rien que pour lui.

Epuisée, certes, mais soulagée : c’était mon seul cours de la journée.

Je traverse le hall désormais plein à craquer d’un pas ferme. Je souris à quelques personnes qui me font coucou avec la main (du moment qu’elles ne s’adressent pas à moi en caractères gras, elles conservent toute ma sympathie). Je tente d’esquiver en vain l’« homme-ventouse » - qui dit bonjour en se frottant aux gens d’une façon un peu étrange. Une étudiante de première année toute mignonette aux joues toutes roses et aux dents toutes blanches vient me voir pour que je participe à un super projet d’agriculture bio. Je m’étais inscrite à une « AMAP » étudiante il y a deux ans. Je trouvais l’idée vraiment chouette et étais pleine d’une bonne volonté finalement assez touchante: soutenir le monde paysan, avoir des vrais fruits et légumes qui ne grandissent pas sous plastique, repartir chaque semaine avec mon petit panier rempli de bons produits frais et d’une bonne conscience en écolo-carton dopée aux choux rouges. Un bien beau projet. Après 7 semaines à remplir mon frigo de topinambours, de rutabagas, et de toutes petites pommes de terre, mon moral a commencé à décliner sec. Entre l’agriculture du Loiret et mon équilibre psychologique, j’ai dû choisir. La blondinette essuie donc un refus ; alors que je me dirige définitivement vers la sortie je l’entends murmurer un « sale conne » haineux. Le monde étudiant est sans pitié.

Mais après les insultes vient l’heure du bilan : je suis un peu triste de ne pas m’être fait de nouveaux copains, mais j’ai survécu.

Une dure journée m’attend désormais : café avec les copines, puis métro, puis sieste, puis bouquinade, puis apéro. Ça a quand même du bon la vie d’étudiant. En moyenne quatre heures d’activité obligatoires par jour. Tranquillou-bidou.

Ahhh ça m’avait manqué, tiens.

Un mois après la rédaction de ce post, l’auteur(e ?), épuisée par des devoirs à répétition sur des sujets qu’elle ne maîtrise pas et des jours entiers de bibliothèque, a dû mettre un terme à l’épanouissement de sa vie socialo-nocturne. Elle vous souhaite malgré tout, et un peu amère, de passer une bonne soirée.

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