Contextualisons.
Il arrive parfois de faire des erreurs. Par exemple de s’attacher à un mec qui a une copine mais qui nous court après, envers et contre tout. D’abord on essaie de se convaincre que malgré les turpitudes morales dans lesquelles cela nous plonge, ça peut être sympa une histoire pas sérieuse. On renie l’existence de l’autre fille, de toute façon on ne s”attachera pas, on ne craint rien.
L’Homme est confus, il ne sait pas ce qu’il cherche ni où il en est, il souffre, vous comprenez... Enfin non, on ne comprend pas très bien. Si on était bouddhesque ce serait plus facile. Mais en réalité...
Il a beau être confus, il fait tout pour qu’on s’attache. Soirées cosy où il cuisine un dîner parfait, invitation pour passer quelques jours à la mer chez lui, massages, lettres, roses, attente en bas de l’immeuble pour faire une surprise, sans parler d’autres qualités plus...physiques.

Logiquement, cela peut perturber notre équilibre et faire vaciller nos certitudes. Il oscille entre l’une et l’autre, on essaie de l’arrêter mais il fait come back sur come back, toujours plus fort, toujours plus haut. On cède. A répétition. En pensant qu’à force de foncer droit dans le mur, il finira peut-être par se casser avant notre tête. En gros, on applique le bon vieux proverbe Shadok : “En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a des chances que ça marche”. Faux. Complètement faux.
Le mur gagne toujours. L’autre alternative est de prendre une pelle, pour essayer de creuser un tunnel sous le mur. Mais le mur a des fondations très profondes, et jamais on n’arrive à le contourner. Donc on continue à s’enfoncer. Profond.
Après nous avoir vu au fond du trou, dans un moment de lucidité où il se rend compte qu’il nous fait vraiment du mal, l’Homme qui Souffre peut décider de quitter sa copine. Même si on n’a, Destin oblige (et travail à l’étranger), plus que deux semaines à passer ensemble.
Deux semaines qui, psychologiquement, peuvent changer beaucoup de choses. On se sent moins stupide d’avoir céder, il a montré qu’il avait des couilles. Bien cachées, mais elles existent. On veut en profiter jusqu’à la fin. On oublie qu’il est un connard, enfin, un peu. (Les amies sont toujours là pour nous le rappeler, et prêtes à lui casser les jambes s’il s’avisait de se montrer.)
On se sépare, Destin oblige. Mais avec moins d’amertume. On sait qu’il a éprouvé quelque chose de fort, lui aussi. Que ce n’était pas qu’une illusion. On se sépare, mais on peut au moins avoir quelques bons souvenirs d’une histoire qui ne s’est pas terminée en un flot de larmes digne des chutes d’Iguaçu.
Deux mois passent.
Sans beaucoup de nouvelles. On essaie de passer tranquillement à autre chose.
Et là, là, là, il juge nécessaire d’envoyer un mail pour expliquer - comprenons il s’en sent le devoir - qu’il a retrouvé son ex. Qu’il l’aime plus qu’avant, qu’elle est une personne absolument for-mi-dable qui même dans les moments difficiles n’a jamais cessé de l’aimer. Qu’en la trahissant il s’est trahi lui-même. Et enfin, qu’il est prêt à tout pour la reconquérir.
En bonne bouddhette, on est contente de le savoir.
A notre première réaction (“va te faire foutre tu n’as pas à m’envoyer ça”), il ose répondre, cette phrase d’une beauté presque transcendante : “Je ne voulais pas t’illusionner encore. Excuse-moi. Je voulais être honnête avec toi en plus d’être honnête avec moi-même”.
Bien, laissons de côté la question de ce besoin “d’honnêteté”. Après un petit rire jaune, un coup de fil désespéré à une amie qui permet d’évacuer le premier besoin de crier “MAIS POURQUOI IL A FAIT ÇA, LE CON ?!!!!”, on attend un peu. Quelques heures, quelques jours.
Puis on écrit La Lettre à un Homme qui Souffre.
En voici un exemple :
Je t'écris de nouveau, avec plus de calme, excuse-moi mais je veux être claire. (Ndlr: on lui cite, en italique, ses perles, en espérant qu’il note l’ironie.)
J'espère que tu seras en mesure de comprendre et de mesurer le dégoût que j'éprouve.
Je n’avais aucune illusion sur le futur et je n’attendais rien du tout venant de toi, si c’est ce que tu pensais.
J'ai relu ton oeuvre littéraire de ce matin. Évidemment, tu te vois comme le protagoniste de quelque mélodrame romantique qui cherche à se racheter une conscience. Évidemment, tu te sens le devoir de partager ta culpabilité avec quelqu'un d'autre. Pauvre, pauvre héros, attiré dans l'erreur par la Tentatrice. (Oublions le nombre de fois ou la-dite "Tentatrice" a cherché à arrêter les choses). Heureusement il a retrouvé la Voie de la Sagesse.
Je repense à certaines de tes phrases du type : "mais pourquoi tu me traites comme ça ?". Évidemment c'est toi la victime de cette histoire. Et moi, coeur de pierre et insensible comme je suis, je n'ai jamais compris à quel point tu souffrais de cette situation. Que je suis cruelle.
Tu es un bâtard. Ou plutôt, un connard et un enfoiré.
(Ndlr : il n’y a rien à perdre, on ne se prive donc pas ce qu’on pense vraiment de Lui.)
Pas parce que tu es retourné avec elle. Comme je te le disais, je m’y attendais, et je n'ai pas attendu de recevoir ton message pour penser à autre chose. (Ndlr : et même si par hasard on pense encore à lui dans des moments de faiblesse, il n’a pas besoin de le savoir.)
Tu es un bâtard de me le dire maintenant et de cette façon.
(Ndlr : on est claire, explicite et on l’aide même avec la typographie à remarquer les mots importants. La répétition aide aussi.)
Maintenant, parce que tu devrais savoir que ce n'est pas une période particulièrement facile pour moi. (Oh, et vu que je ne voudrais pas t'illusionner, le fait que ce ne soit pas une période agréable n'a absolument rien à voir avec toi).
De cette façon, parce que à la limite il suffisait de me dire "écoute je me suis remis avec ma copine, c'est mieux si on ne se donne pas de nouvelles". A la limite. Pas en m'expliquant en détails à quel point c'est une personne fantastique, qui souffre beaucoup alors qu'elle mérite tant de choses, et que tu es prêt à tout faire pour la reconquérir parce que tu es si certain de ton amour pour elle. Vraiment. Ça fait du mal et ce n’est pas nécessaire.
Mais bon, ce n'est pas la première fois que tu as ces "pulsions" d'honnêteté, sans penser un instant au mal qu'elles peuvent faire.
Donc, pas de rage, plus de larmes. Tu ne les mérites pas. Juste un profond dégoût.
La seule autre chose que tu mérites est mon indifférence la plus totale.
*
* *
Dire les choses comme on les sent, sans se retenir, ça fait un bien fou. Effet catharsique garanti.
En ayant écrit ça, on se dit : “Là, c’est sûr, il va comprendre, va aller se faire voir et me laisser en paix”. . .
Et bien non, pas forcément. Il peut ne pas comprendre l’ironie (si, si, c’est possible), et répondre, en toute honnêteté, qu’il ne sait pas pourquoi on insiste pour se donner le rôle de “diable tentateur” (sic). Et de finir par “Ne me déteste pas, mais si tu tiens vraiment à le faire sache que je ne te déteste pas et que je ne t’accuse pas”. Wow, simplement, WOW. On reste sans voix face à cette générosité, cette grandeur d’âme, ce geste de parfait gentleman et grand seigneur.
Sa connerie est donc sans limite. Notre bonté d’âme et notre propension au pardon, par contre, si. Donc on ferme la page.
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